© 2024 StreetNet International

© 2024

Femmes au marché, enfants invisibles

Dans les marchés de Ouagadougou, les femmes sont les visages de la résilience. Elles se lèvent avant l’aube, installent leurs étals, négocient avec les clients, et restent jusqu’à la tombée de la nuit. Elles vendent du maïs grillé, des légumes, des habits de seconde main, des fruits et des condiments. Elles assurent la survie de leurs familles. Mais derrière cette énergie se cache une réalité silencieuse : leurs enfants grandissent dans des lieux qui ne leur sont pas destinés, faute de structures d’accueil adaptées.

L’enfance au milieu des étals

À Sankar‑Yaar, marché immense et bruyant, Awa garde son fils de deux ans près d’elle. Il joue dans la poussière, parfois au bord de la route, aux dangers de la circulation. Elle confie :

« Je n’ai pas de choix. Si je le laisse à la maison, personne ne s’en occupe. »

Ce témoignage illustre une vérité plus large : les enfants des commerçantes ne disposent pas d’espaces sûrs. Ils passent leurs journées dans un environnement saturé de bruit, de poussière et de risques. Leur enfance se mêle au tumulte des affaires, sans protection ni accompagnement.

Grandir dans le bruit et la chaleur

Au 14‑Yaar, Mariam vend des légumes depuis dix ans. Ses deux filles l’accompagnent chaque jour. Elles dorment sur des sacs de riz, respirent la fumée des fourneaux, et grandissent dans le vacarme du marché.

« Elles n’ont pas d’endroit pour apprendre, elles grandissent dans le marché. »

Ce quotidien entraîne des conséquences invisibles : fatigue chronique, exposition aux maladies, absence de stimulation éducative. Les enfants ne bénéficient pas d’un cadre propice à l’apprentissage ou au jeu. Leur développement est compromis dès les premières années.

La garde d’enfants comme lutte quotidienne

À Karpala‑Yaar, marché de quartier, les commerçantes n’ont pas d’alternative. Les enfants sont attachés sur le dos de leurs mères ou assis à même le sol. Les risques d’accidents sont fréquents : chutes, brûlures, blessures liées aux charges lourdes. Les maladies respiratoires et infectieuses se multiplient, aggravées par la promiscuité et l’absence d’hygiène.

Les mères travaillent avec la peur constante de voir leurs enfants blessés ou malades. Elles doivent choisir entre perdre une journée de revenus ou exposer leurs enfants à des dangers quotidiens.

Fruits, légumes… et enfance oubliée

À Tols‑Yaar, spécialisé dans les fruits et légumes, Fatou vend des bananes. Ses enfants jouent entre les paniers de tomates et de mangues. Quand il pleut, ils n’ont nulle part où aller.

« Je viens avec mes deux enfants. Ils passent la journée ici, au milieu des étals. »

Ce marché, vital pour l’alimentation de la ville, reste dépourvu de toute structure d’accueil. Les enfants y grandissent dans un environnement instable, sans espace de repos, d’apprentissage ou de protection.

Les conséquences d’un vide social

Une enquête informelle révèle que plus de 70 % des commerçantes amènent leurs enfants sur leur lieu de travail. Les conséquences sont lourdes :

  • Accidents fréquents : circulation dense, charges lourdes et chutes.
  • Maladies respiratoires : poussière, fumées, insalubrité.
  • Retards scolaires : absence de maternelle, manque de stimulation éducative.
  • Isolement social : pas d’espaces de jeu, pas de socialisation.

Le Dr Salifou Zongo, pédiatre à Ouagadougou, témoigne :

« Nous recevons régulièrement des enfants souffrant de malnutrition ou de maladies évitables. Les mères n’ont pas d’alternative. Le marché devient leur crèche improvisée. »

Les revendications des commerçantes

Les femmes des marchés expriment des besoins simples mais essentiels :

  • Crèches communautaires proches des lieux de vente, accessibles financièrement.
  • Espaces éducatifs pour initier les enfants à l’apprentissage dès le plus jeune âge.
  • Programmes municipaux intégrant la garde d’enfants dans les politiques urbaines.
  • Soutien financier pour alléger les frais de scolarité et de garde.

Certaines associations locales ont tenté des initiatives : garderies temporaires, ateliers de sensibilisation. Mais elles restent marginales et insuffisantes face à l’ampleur du problème.

Une responsabilité collective

Ces femmes ne demandent pas des privilèges, elles réclament la justice. Elles portent l’économie informelle sur leurs épaules, mais leurs enfants paient le prix de l’indifférence. Investir dans des structures d’accueil, c’est :

  • Garantir la santé et l’éducation des enfants.
  • Permettre aux mères de travailler sereinement.
  • Renforcer la cohésion sociale.
  • Contribuez à préparer l'avenir du Burkina Faso.

Dans les marchés de Ouagadougou, les femmes travaillent sans relâche. Mais leurs enfants, invisibles au milieu des étals, grandissent sans protection. Les inclure dans les politiques publiques, c’est transformer une injustice en force collective.

Article et photos de Mohamadi Damiba, militant des médias et membre de la Réseau de médias StreetNet et membre de notre affilié SYNAFVL au Burkina Faso.

PARTAGEZ CE

Inscrivez-vous à notre bulletin électronique !

Inscrivez-vous à notre bulletin électronique pour rester au courant des actualités sur les vendeurs de rue du monde entier et des ressources disponibles pour eux !

Abonnez-vous à la lettre électronique de StreetNet

* indique requis

En saisissant vos données personnelles et en cliquant sur « S'inscrire », vous acceptez que ce formulaire soit traité conformément à nos politique de confidentialité. Si vous avez coché l'une des cases ci-dessus, vous acceptez également de recevoir des mises à jour de StreetNet International sur notre travail